Nos Frangins [critique] : Une tragédie humaine, un scandale politique

Le Pacte

Près de 46 ans après les faits, l'affaire Malik Oussekine et Abdel Benyahia résonne encore avec l'actualité. Avec Nos Frangins, Rachid Bouchareb (Indigènes, Le Flic de Belleville) retrace le scandale politique et social dans un hommage aussi digne que nécessaire.

Paris, la nuit du 5 au 6 décembre 1986. Alors que la capitale est ébranlée par des manifestations d'étudiants contre le projet de réforme universitaire Devaquet, deux jeunes hommes trouvent la mort : Malik Oussekine et Abdel Benyahia. Deux destins brisés par la violence et le racisme policiers... dans une société qui peine encore à assumer son multiculturalisme. Les répercussions intimes et politiques de l'affaire sont ici au cœur d'un récit dont l'ambition est à la fois de retranscrire, de raconter, mais aussi d'émouvoir. Un défi complexe que relève habilement Rachid Bouchareb.

Forcément contraint par sa durée (une heure et demie), le long-métrage se doit de faire des choix narratifs. Le meurtre de Malik Oussekine, étudiant de 22 ans battu à mort par des « voltigeurs » (policiers à moto, armés de matraques), dans le 6ème arrondissement, occupe ainsi une place prépondérante dans le travail d'enquête, tandis que la mort d'Abdel Benyahia, abattu par un officier ivre et hors-service, à Pantin, y est narrée de manière plus fragmentée. Entre ces deux tragédies, le réalisateur érige un pont fait d'images d'archives, de reportages médiatiques et de fiction. Si le dispositif tend à la répétition, sa sobriété permet néanmoins une approche juste et pudique.

Un devoir de mémoire

Nos Frangins met également en lumière l'entourage des deux victimes. Le spectateur accompagne conjointement Sarah et Mohamed, sœur et frère de Malik, et le père d’Abdel, durant les heures qui suivent les meurtres. Dans des registres sensiblement différents (le mutisme et l'impuissance pour l'un ; la colère pour l'autre), Samir Guesmi et Reda Kateb sont bouleversants. Leurs personnages portent en eux les signes du chaos émotionnel que laisse l'injustice derrière elle. Face à eux, l'inspecteur Mattei (Raphaël Personnaz), chargé d'enquêter sur les affaires, se révèle plus ambivalent et aurait mérité un traitement plus approfondi voire plus explicite. Car le message du film est éminemment politique et engagé. Rachid Bouchareb met ici en évidence les cicatrices du passé afin de mieux évoquer les traumatismes récents : l'affaire Adama Traoré, la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré ou encore l'affaire Zineb Redouane.

Nos Frangins, sortie le 7 décembre 2022 : tous les séances à Paris et en Île-de-France

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