The Fabelmans [critique] : Le retour aux sources de Spielberg
De 1952 à la fin des années 60, l'enfance et l'adolescence de Sammy, aîné d'un foyer dysfonctionnel qui se découvre une passion pour le cinéma... Un splendide retour aux sources, autobiographique en diable, de l'œuvre de Spielberg.
Que Steven Spielberg signe The Fabelmans dans la foulée de Ready Player One (dans lequel, sous couvert d'un récit de science-fiction, il se retournait déjà sur sa jeunesse, son statut d'auteur, de capitaine d'industrie...) et de West Side Story n'a rien d'anodin, tant la trilogie a priori disparate ainsi formée montre à quelles hauteurs il prétend.
En un plan - où le héros, enfant, ajuste son regard au cheminement d'un train électrique -, l'auteur identifie l'instant où naît la conscience de ce qu'est la mise en scène. En une scène, bouleversante - où, adolescent, il monte les images a priori anodines d'un week-end en famille -, il source autant qu'il rejoue des motifs présents, entre autres, dans Minority Report (Tom Cruise manipulant les visions des précogs) et Ready Player One (le jeune Wade compulsant les archives de son héros). Ou quand le montage et le ressassement des images consistent en une expérience de connaissance, une façon de déchiffrer un réel qui, pour n'être passé qu'une fois, et sans l'intercession magique du projecteur, n'est pas suffisamment passé.
L'ambivalence d'une vocation
On pourrait s'amuser de ce que The Fabelmans s'ouvre précisément au moment, à l'endroit et dans les circonstances - en 1952, dans une salle de cinéma, pour donner à voir une expérience de spectateur décisive - où se concluait le récent Babylon de Damien Chazelle.
Mais, si les deux films ont en commun de ne rien taire des sacrifices qu'exige le cinéma (“l'art te vaudra des couronnes au paradis et des lauriers sur Terre, mais il t'arrachera le cœur et te laissera seul”, se fait dire, en substance, Sammy adolescent par son oncle Boris), The Fabelmans se situe moins côté scène que côté coulisses, pour revenir aux origines de la vocation de Spielberg, dont il se garde bien de livrer la vision attendue d'un travail sans heurts. Et affirme, plus explicitement que jamais, le cœur intime du spectacle spielbergien, dont les héros ont si souvent composé avec des foyers dévastés, et cherché par quelles épreuves passer pour regagner leur chambre d'enfant. I'll Be Home, promettait, voici vingt ans, le titre d'un scénario - abandonné - annonçant The Fabelmans. La promesse est désormais tenue.
The Fabelmans, sortie le 22 février 2023 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
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