[critique] Strange Way of Life : Cow-boys sensibles

© El Deseo D.A. S.L.U. photo Iglesias Mas

En 31 minutes, ce film parvient à condenser avec maestria l’histoire d’amour contrariée de deux cow-boys que les évènements vont mettre face à un terrible choix.

C’est peu dire qu’on n’attendait pas Almodóvar sur le terrain du western. Le cinéaste espagnol (et président du jury du festival de Cannes en 2017), est connu depuis les années 80 pour sa fantaisie, son goût du kitsch, ses personnages féminins inoubliables et ses mélodrames flamboyants. Pourtant, c’est bien dans l’ouest américain du début du XXème siècle qu’il a choisi cette fois de placer sa caméra. En 31 minutes, ce film (distribué en salles accompagné d’un autre court-métrage d’Almodóvar, La Voix humaine) parvient à condenser avec maestria l’histoire d’amour contrariée de deux cow-boys que les évènements vont mettre face à un terrible choix.

Jake, shérif d’une petite bourgade, voit arriver en ville son vieil ami Silva, qu’il n’a pas vu depuis 25 ans. Les deux hommes sont heureux de se retrouver, et évoquent bientôt avec nostalgie ces « deux mois de folie » durant lesquels ils furent jadis amants. Mais après ces retrouvailles, chaleureuses à plus d’un titre, Jake se rend compte que quelque chose cloche. Silva n’est peut-être pas venu le trouver uniquement pour parler du bon vieux temps…

Dès les premières scènes, Ethan Hawke, dans le rôle du shérif, et Pedro Pascal, dans celui de Silva, impressionnent par l’intensité de leur interprétation. En quelques plans et quelques mots, leur histoire est bien là, leur vécu se lit sur leur visage, on est avec eux et on croit totalement à ce qui nous est raconté. La combinaison de l’implication des deux acteurs et de l’élégante sobriété de la mise en scène d’Almodóvar permet de donner aux personnages une épaisseur presque instantanée, absolument étonnante pour un récit aussi bref.

Court mais grand

En réalisant ce western, le réalisateur n’a pas voulu jouer au plus malin. Nulle ironie, nuls anachronismes faciles dans cette histoire d’amour et de devoir. Mais s’il fait preuve ici d’une évidente humilité, en faisant montre d’un authentique respect pour le genre, Almodóvar ne s’efface pas pour autant. Car ce western est aussi un mélo poignant, et une nouvelle variation sur les liens complexes entre amour, désir et tragédie, qui obsèdent le metteur en scène. La photographie de José Lui Alcaine, qui œuvra notamment sur Volver ou le récent Madres paralelas, sublime les visages et les costumes (signés Anthony Vaccarello pour Saint-Laurent), achevant de donner à ce court-métrage la beauté, l’émotion et le panache qui manquent à tant de films pourtant bien plus longs.

Strange Way of Life de Pedro Almodóvar sort dans les salles au sein de L'Expérience Almodóvar aux côtés du film La Voix humaine : voir les séances à Paris et en Île-de-France

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