Napoléon : le grand spectacle selon Ridley Scott

Les jeunes années, puis l'accession au pouvoir de Napoléon, incarné par le précieux Joaquin Phoenix, et devant la caméra de l'auteur de Gladiator. Soit la promesse d'un blockbuster historique échappant à l'ordinaire.

Drôle de carrière que celle de Ridley Scott : après avoir signé coup sur coup un drame historique de toute beauté (Les Duellistes), puis deux classiques instantanés de la science-fiction, Alien et Blade Runner, le cinéaste s'égara un temps dans des productions plus (Thelma et Louise, Gladiator...) ou moins (À armes égales, Une grande année...) estimables et couronnées de succès. C'est avec entre autres le mal-aimé et désespéré Cartel (2013), puis le feel-good movie de l'espace Seul sur Mars (2015), que l'auteur se refit une santé, inaugurant dès lors une série de films dans lesquels le grand spectacle le disputait à l'intimisme, la majesté de la mise en scène à la précision du trait. Autant de raisons d'accueillir dans les meilleures dispositions ce Napoléon, où ces talents d'équilibriste devraient faire merveille.

Des accents de vérité dans la légende

Un budget colossal, un interprète de premier plan (l'oscarisé Joaquin Phoenix, que retrouve le cinéaste vingt-trois ans après Gladiator, et dont on sait avec quel soin il choisit ses rôles), la rumeur d'un premier montage de près de cinq heures... Il n'en fallait pas moins pour faire naître les plus grandes attentes. D'autant plus qu'on sait Scott fasciné par les personnages historiques – on ne se hasarde pas innocemment à mettre en scène Christophe Colomb (1492 : Christophe Colomb) ou encore, excusez du peu, Ramsès et Moïse (Exodus : Gods and Kings)... Autant de figures dont il s'attache à dire tout à la fois la légende et la part sombre, pour mêler la fresque d'accents de véracité qui la distinguent du tout-venant du grand spectacle.

On sait également le cinéaste rompu à la mise en scène de batailles homériques, et à la direction de foules de figurants (de Kingdom of Heaven au Dernier duel), dans lesquelles, paradoxalement, il veille à rendre sa place aux trajectoires individuelles enchâssées dans la grande Histoire... À la suite notamment d'Abel Gance et Sacha Guitry, qui autrefois s'emparèrent de la figure de l'empereur dans des films-fleuves, et en attendant la série que projette de lui consacrer Steven Spielberg, Scott devrait donc trouver là l'occasion idéale de prouver qu'à quatre-vingt-cinq ans, il faut, décidément, toujours compter sur lui.

Napoléon, sortie le 22 novembre 2023 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

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