Asteroid City [critique] : la petite fabrique de l'émotion

© 2022 Pop. 87 Productions LLC

Porté par un casting prestigieux, Wes Anderson fait muter son cinéma vers des structures narratives de plus en plus élaborées, mais qui ne font jamais écran au surgissement de l'émotion.

Avec ses premiers films, Wes Anderson s'était attaché à tracer les contours d'un univers auquel on fut parfois tenté de le réduire. Des récits familiaux généreux, excédant les liens du sang, et naviguant entre mélancolie et humour pince-sans-rire... Une mise en scène témoignant d'un art éprouvé de la vignette et d'un goût certain pour la symétrie... Avec ses films suivants, il s'était semble-t-il efforcé d'éprouver les limites de ce système. Toujours plus foisonnantes, les œuvres d'Anderson montraient un cinéaste en pleine possession de ses moyens, au risque de la surchauffe et de l'auto-parodie. Jusqu'au sommet The Grand Budapest Hotel, méditation sur les pouvoirs de la littérature et le basculement de l'Europe dans la Seconde Guerre mondiale...

Structures complexes, émotions limpides

Voilà que, depuis The French Dispatch, son précédent film, il semble s'attacher à mettre à nu, et pourquoi pas déconstruire, les rouages de son cinéma. Une famille endeuillée, un congrès de scientifiques amateurs, une rencontre du troisième type... traversent ainsi, dans une poignée de décors, un récit gigogne d'une inventivité de chaque instant. Une architecture complexe, où règnent les mises en abyme (car tout nous est raconté depuis la scène et les coulisses d'un théâtre) et les récits enchâssés les uns dans les autres. Porté une fois encore par un casting pléthorique (qui peut se targuer de réunir à l'écran Tom Hanks, Scarlett Johansson, Tilda Swinton, Bryan Cranston, Steve Carell... et, pour de simples apparitions, Margot Robbie et Jeff Goldblum ?), Asteroid City confirme le brio d'un cinéaste qu'il serait pourtant regrettable de réduire à un concepteur de maisons de poupées et de labyrinthes narratifs.

Car c'est bien vers l'émotion que tend ce Rubik's Cube savant. L'émerveillement produit par une vision, qui réunit une communauté disparate dans une épiphanie nocturne ; l'enfouissement d'une urne funéraire ; la rencontre entre un père veuf et une actrice malheureuse... en sont quelques-uns des points d'orgue. Dans l'intervalle que travaille le film (on pense, pour la première fois avec une telle évidence, au cinéma d'Alain Resnais) entre la scène et la vie, l'artificialité des procédés et la vérité des sentiments, l'auteur réinvente ici son cinéma.

Asteroid City, sortie le 21 juin 2023 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

Partager cet article sur :

Nos derniers articles

Du 22 juillet au 16 août 2026, le festival de cinéma en plein air de La Villette revient pour une 35e édition placée sous le thème « L'Appel de la forêt ».

Publié le 20 juillet 2026 [Cinémas]

Derrière les rideaux de la salle Richelieu, la troupe du Français se révèle sous un autre jour. Une comédie au ton juste, compacte et parfaitement cadencée, qui rappelle combien les coulisses sont parfois aussi captivantes que la scène elle-même.

Le 15 juillet 2026, Le crime était presque parfait d'Alfred Hitchcock est ressorti au cinéma dans une version restaurée en relief 3D, dans les conditions mêmes de projection imaginées par le cinéaste en 1954, à l'initiative de La Filmothèque du Quartier Latin.

Le chassé-croisé drôle, violent, absurde et émouvant de personnages en mal d’identité, autour d’un magot planqué qu’une brute veut récupérer. Entre traumatismes d’enfance liant frères et sœur, et violence empreinte du souvenir des Vikings.

La newsletter

Chaque mercredi, le meilleur des sorties culturelles à Paris avec L'Officiel des spectacles !