[critique] The Bikeriders de Jeff Nichols : Les jours heureux

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C'est vers les années 1960 et une certaine imagerie purement américaine que se penche le réalisateur de 45 ans, offrant à Austin Butler et Tom Hardy deux grands rôles.

Après cinq films en neuf ans qui l'ont vu être célébré comme un auteur majeur de la cinématographie internationale, Jeff Nichols s'était fait discret depuis Midnight Special en 2016. C'est vers les années 1960 et une certaine imagerie purement américaine que se penche le réalisateur de 45 ans, offrant à Austin Butler et Tom Hardy deux grands rôles. Tous deux membres d'un club de motard cultivant une certaine philosophie de vie prônant liberté et insouciance, creusant le sillon de la mort de cet art de vivre, dans des États-Unis de l'après-guerre du Viêt-Nam, entrés dans une crise qui va la ronger à force de violence et de traumatisme.

D'Elvis à Benny il n'y a qu'un pas, la chevelure brune est devenue blonde, mais l'attitude rock, voire même punk, est toujours la même. Austin Butler habite ses personnages avec une fièvre qui convient parfaitement à ce type de personnage, devenant une forme d'idéal pour toute une génération en quête d'identité. Il est cette icône, tout comme Mickey Rourke était celle de Rusty James, film de Francis Ford Coppola sorti en 1985, celle du râle d'un phénomène au sein de la jeunesse américaine.

Jeff Nichols filme ce court moment où ces groupes d'hommes se retrouvent sans sérieux, au sein d'une fraternité très masculine où le cursus d'études se comptent en cylindrées et en chrome. Dès l'introduction de The Bikeriders, c'est une forme d'insouciance et d'inconscience qui est montrée. Benny ne réfléchit pas, n'intellectualise rien, il existe dans l'instant, à la manière des grands « héros » de la Beat Generation de Jack Kerouac et Allen Ginsberg. Un idéal mourant capté magnifiquement par la caméra de Nichols, inspiré par un livre de photographies de cette époque révolue.

« Le crépuscule des idoles »

Dans son dernier tiers, c'est aux Affranchis de Scorsese que l'on pense, et à ce moment de bascule où tout ce qui a été construit jusque-là ne peut que s'effondrer, balayé par l'époque suivante, ici la génération qui revient du Viêt-Nam, avec son lot de souffrances insondables. La forme est aussi belle que le fond, la voix narrant le film étant celle de Jodie Comer, mariée au « héros » Benny, victime expiatoire de cette bande de loubards au grand cœur.

The Bikeriders, sortie le 19 juin 2024 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

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